Demandé par BH Le 2008-03-09 ( )

Question : Je me suis une handicapée du cœur

Depuis mon enfance, je me suis construit une carapace pour ne plus souffrir des moqueries des autres et des amours à sens unique. J'ai peu à peu fermé la porte de mes sentiments et de mes émotions. Pourtant, je suis sociable, drôle et appréciée de ceux qui m'entourent. Mais je suis désabusée, sans illusion et sans espoir. Je suis persuadée que je finirai ma vie seule et que je ne rencontrerai jamais l'amour. Je me demande d’ailleurs si je ne suis pas une handicapée du coeur. Je suis fermée et je donne l'impression d'être forte et de n'avoir besoin de personne mais je sais que cette solitude ne me satisfait pas. BH, 23 ans


La réponse de l'expert :


Il me semble que vous n’avez pas d’autre choix que d’aller voir ce qui se passe en vous et d’explorer quels nœuds de votre histoire vous retiennent dans votre présent. Votre récit a en effet un parfum de traumatismes passés non résolus. Vous donnez l’impression d’attendre qu’autrui (et particulièrement les hommes) réponde à une question auquel ils ne peuvent pas répondre de façon satisfaisante car 1. vous ne vous la formulez même pas clairement à vous-même et 2. Vous vous trompez surtout d’interlocuteur ! (Celui-ci (ou celle-ci) est certainement quelqu’un de votre passé ; on pourrait imaginer votre père ou votre mère…).
Vous mettez donc la charrue avant les bœufs et vous cherchez quelqu’un qui pourra répondre à vos attentes, tout en étant convaincue que cela est impossible. Il en découle d’obligatoires échecs affectifs qui ne peuvent que renforcer votre conviction : j’ai raison de penser ce que je pense : la preuve, tout foire tout le temps ! En thérapie cognitive, on parle de « prophéties qui s’auto-réalisent » (en d’autres termes : créer les conditions de ses échecs). Vous avez peut-être été blessé par le passé mais, est-ce une raison suffisante pour limiter ainsi votre présent ? Il est temps d’agir…
Votre « carapace » vous a certainement été nécessaire à un moment de votre existence (sinon vous n’auriez eu aucune raison d’en construire une). La question est : est-elle toujours pertinente aujourd’hui et comment est-ce que je contribue (par mes actes et attitudes) à la pérenniser - voire à la consolider - jour après jour ?
Méfiez-vous aussi de ces affirmations que les psy appellent des « renforcements négatifs » : « Je suis une handicapée du cœur ! » - A vous le répéter encore et encore, vous allez finalement intégrée cette vision de vous-même et vous allez, au bout du compte, vous comporter effectivement comme une handicapée du cœur. Nos pensées ont une puissance qu’on méconnaît totalement. Je ne parle pas de la méthode Coué où on se dirait, à la place, que tout va bien dans le meilleur des mondes. Non, il s’agit de développer la conscience qu’on est totalement responsable du conditionnement négatif qu’on entretient en soi, jour après jour.
Comment faire alors ? Même si la mise en œuvre est compliquée, le principe est simple : cessez de renforcer le négatif – astreignez-vous à ce qu’on appelle un « stop mental » quand vous identifiez les propos dévalorisants que vous vous adressez. Vous avez besoin de vous adresser à vous-même d’autres messages, plus positifs, et surtout plus constructifs car, sincèrement, en quoi cela vous sert de vous répéter en boucle que vous êtes une handicapée du cœur ? C’est d’une hallucinante stérilité ! Il existe suffisamment de thérapeutes pour vous aider à explorer les blocages de votre histoire de vie, tout en vous invitant à re-examiner la pertinence et le bien fondé de vos pensées (cognitions) négatives. La thérapie TCC (cognitive et comportementale) est là une bonne indication.